C’est ancré dans bien des esprits: la voiture électrique ne serait pas aussi verte qu’espéré. Les matières premières requises auraient un bilan social et écologique désastreux. Les batteries seraient non recyclables. Pour en avoir le cœur net, Marc Muller et quatre membres de l’équipe de Nous Production (qui produit films et programmes tant pour la radio et la télévision que le web) ont mené une contre-enquête durant deux ans. Le sujet passionne: la vidéo de lancement a déjà été visionnée près de 500’000 fois.

Pionnier des tours du monde en véhicule électrique, et ancien spécialiste des énergies renouvelables pour l’Office fédéral de l’énergie, Marc Muller a pourtant été gagné par le découragement: «À force de voir des infos à charge, j’ai décidé de vérifier par moi-même.» Avec les grands moyens, puisque deux voitures, l’une électrique (Renault Zoe), l’autre à essence (Fiat Punto), ont été intégralement démontées et analysées au microscope électronique avec la collaboration de la HES-SO Valais.Batteries sans terres rares

Première surprise: les batteries au lithiumion ne comportent aucune terre rare. Seuls certains moteurs en contiennent une, le néodyme. «Il s’agit des moteurs électriques à aimant permanent, comme toutes les voitures hybrides par exemple, qui utilisent ce néodyme afin d’augmenter leur rendement.» Ce n’est pas le cas de toutes les voitures électriques: si la Zoe ou l’Audi e-tron n’en ont pas, la Nissan Leaf ou la Tesla 3, oui. En revanche, deuxième surprise, on trouve aussi des terres rares dans les voi-tures à essence ou diesel, avec de l’oxyde de cérium présent dans les catalyseurs. «Il est assez significatif, du reste, que l’on se demande toujours de quoi est composée une voiture électrique, mais jamais une voiture à moteur thermique», lâche-t-il.Lithium sous contrôle

Restent, dans les batteries, deux composants fortement décriés: le cobalt et le lithium. Le second a mené les enquêteurs dans le désert d’Atacama, dans le nord du Chili, premier producteur mondial. Le pompage en profondeur des nappes de saumure, soumises ensuite à évaporation dans de grands bassins, serait responsable de la fuite des flamants roses et priverait les populations alentour d’eau potable. Sur ces divers griefs, les conclusions de l’enquête, après interview des habitants, des avocats de la nature, des ONG et de la société SQM, responsable de l’extraction, sont… neutres, reconnaît Marc Muller.

«Le fait est qu’aucune étude ne prouve que ces pompages sont nuisibles à l’environnement, mais aucune ne démontre le contraire non plus.» Un fait est avéré cependant: la SQM extrait le lithium d’un déchet du potassium, et ne pompe donc pas d’eau supplémentaire dans ce seul but, précise Marc Muller. Et les flamants roses? «Il y a eu des sécheresses terribles, entrecoupées de pluies diluviennes, qui peuvent aussi expliquer ce déplacement vers des pays voisins.»

Quant au cobalt, il traîne la réputation d’être obtenu grâce au travail d’enfants dans les exploitations de la République démocratique du Congo (RDC). En réalité, 80% du cobalt produit dans le pays sont le fait de mines industrielles. Glencore exploite la principale, et aucun enfant n’y travaille: «Pour une raison très simple, c’est que tout est mécanisé avec d’énormes machines qu’un enfant ne peut diriger. Rien n’est prospecté à la main.»Cobalt en recul

D’où sortent donc les images dénonçant le travail des enfants? Des mines artisanales, qui représentent 20% du cobalt extrait, et dont 10% sont le fait d’exploitations illégales. Les autres sont organisées en coopératives, étroitementsurveillées.«Maisledanger qui guette le Congo est la fin de l’exploitation du cobalt, car les constructeurs en utilisent de moins en moins. Pour preuve, la mine de Glencore, visitée l’an passé à Kolwezi pour le reportage, a fermé depuis.»Recyclage à 95%

Quant au recyclage des batteries, celui-ci est bien réel. De grands groupes en font leur activité principale, comme le belge Umicore, à Anvers. «95% des composants sont recyclés, y compris le cobalt, qui peut être réutilisé à l’infini», explique Marc Muller. La séparation des composants a lieu dans des fours chauffés par la combustion… des 5% non recyclés, tel le plastique, ce qui induit un cycle vertueux.Propagande

Rétablir ces faits n’est pas facile, compte tenu des idées reçues, mais ce type d’enquête est mieux accepté désormais. «Il y a eu de fausses informations, propagées par les lobbys du pétrole, comme Koch Industries aux États-Unis, entre autres, ou certains constructeurs automobiles qui ont cherché à discréditer la voiture électrique pour gagner du temps», analyse Marc Muller. Le film a été financé par des indépendants, la Confédération et un crowdfunding qui a rapporté 75’000 fr.

Le documentaire de 96 mn, réalisé par Jérôme Piguet, est visible dès aujourd’hui sur Swisscom TV, et des tractations sont en cours avec des chaînes TV finlandaise et britannique pour un format ramené à 52 mn. Il est accompagné de l’application «Prove it», qui permet aux spectateurs d’accéder aux sources de l’enquête pour se forger leur propre opinion.

«À contresens», sur Swisscom TV. Vidéo teaser à découvrir sur YouTube: A contresens – Le Film – TRAILER officiel par Nous Production.

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