A moins d’un mois de la diffusion du film documentaire qui promet de décaper les polémiques entourant la voiture électrique, Marc Muller porte les projecteurs sur sa démarche très scrupuleuse.

Ingénieur de formation, Marc Muller s’est fait aventurier-communicant en 2010-2011 en entreprenant un tour du monde (18.000 km en 16 mois, 1.200 kWh de conso au total) à la rencontre d’acteurs du développement durable. Comme moyen de déplacement : son Icarette, un modeste véhicule solaire qu’il recharge aussi au besoin avec une éolienne de secours. Les initiés reconnaîtront un Twike. « J’avais remotorisé le châssis, construit la remorque qui a supporté les panneaux solaires », commente-t-il.

A l’été 2017, avec le journaliste Jonas Schneiter, il forme le binôme d’une émission documentaire télévisée diffusée sur la chaîne suisse RTSun. On retrouve dans « Aujourd’hui » quelques-uns des ingrédients qui ont aussi fait le succès de « C’est pas sorcier » principalement animé par Jamy Gourmaud et Frédéric Courant. Sauf que là, pas de camion américain diesel, mais un Combi Volkswagen de 1969 converti à l’électrique et transportant des panneaux solaires sur le toit.

Marc Muller et la mobilité

« Je ne suis pas particulièrement un défenseur des véhicules électriques. Ce qui m’intéresse, c’est l’écologie, la mobilité douce, me déplacer à vélo. Dans ma quête d’une mobilité vertueuse, je me suis demandé quelle peut être la part apportée par les véhicules électriques. En effectuant des recherches dans les médias sur le sujet, je me suis rendu compte que ce qu’on y trouve n’est pas clair du tout », présente Marc Muller.

« Ce qui m’a aussi décidé à approfondir les recherches, ce sont les critiques que nous avons essuyées en utilisant notre Combi électrique pour l’émission. On nous disait souvent qu’il n’était pas écologique », révèle-t-il.

Film ou documentaire ?

Dans une précédente brève, nous qualifions « A contresens » de documentaire. Sur le teaser vidéo, nous croyons lire « Film romancé ». Voici la définition de Marc Muller. « Dans le sens où il y a une vraie histoire, et que nous avons commencé à tourner sans avoir de réponses à nos questions ni savoir ce que nous allions trouver : c’est un film. Mais comme nous avons travaillé avec des journalistes qui ont suivi une véritable démarche d’investigation sur le terrain, c’est un documentaire », nous répond Marc Muller.

Qu’est-ce qui a été le plus compliqué pendant ces 2 années de tournage ? « L’accès aux informations ! Nous n’avons pas pu valider les informations communiquées dans les médias sur les véhicules électriques. Ni celles des ONG dont les enquêtes oscillent entre idéologie et rapports chiffrés plus sérieux. Nous nous sommes aussi aperçus que nombre d’études scientifiques sont truffées d’erreurs. Depuis le début de la diffusion du film, des scientifiques viennent même puiser dans nos travaux », rapporte-t-il.

« Nous sommes allés beaucoup plus loin que toutes les recherches déjà entreprises sur les véhicules électriques. Et notre travail est le plus sourcé dans ce domaine. Nous invitons à poursuivre le visionnage du documentaire en suivant les références sur lesquelles nous nous sommes appuyés », insiste-t-il.

Des constructeurs pas coopératifs

« Aucun constructeur n’a voulu nous ouvrir ses portes. Nous avons essuyé des refus de témoigner. Au fur et à mesure de nos investigations, nous avons remarqué que celui qui a le plus menti sur les véhicules électriques, c’est Carlos Tavares, le patron de PSA. Il a menti sur les véhicules électriques, sur l’impact des véhicules en général sur le climat. Alors qu’il était responsable à une époque du programme VE chez Renault. Il avait un véritable intérêt à gagner du temps. Depuis environ 1 an, il a complètement changé son argumentaire. Nous devions le rencontrer au salon de Genève : il a annulé au dernier moment. A Francfort : pareil ! Et depuis il ne donne plus d’interviews », observe Marc Muller.

« Tesla ne nous a pas davantage reçus. Tesla est tellement en avance sur tout, sur les technologies, l’environnement, la production de batteries, leur recyclage, les panneaux solaires, etc. Il s’en fiche complètement de communiquer par notre intermédiaire. Chaque année, il publie un rapport pour cela », poursuit-il.

« Ils sont dans un état de panique »

« Les constructeurs européens ne croyaient vraiment pas au développement des véhicules électriques. Il a fallu le dieselgate pour avancer parce qu’ils ont perdu à cette occasion tout soutien politique. Ce contexte les a complétement chamboulés », analyse Marc Muller. « Quand on commence à les interroger sur les orientations prises pour la mobilité durable, ils disent tous qu’ils font tout bien. Mais si on souhaite creuser un peu, ils ne peuvent pas répondre. Soit par méconnaissance, soit parce qu’ils n’y sont pas autorisés. Aujourd’hui, les constructeurs sont dans un véritable état de panique », développe-t-il.

Le cas du cobalt

« Sur la question du cobalt, nous avons rencontré des gens qui mentent, d’autres qui reconnaissent qu’il y a un problème mais que c’est à la marge, et ceux qui s’activent à le régler. Globalement, la situation n’est pas aussi alarmiste que certains veulent nous le faire croire », résume Marc Muller.

« Les Congolais ne souhaitent pas industrialiser l’extraction du cobalt qui ne générerait pas d’emplois. Ils sont pour l’extraction artisanale légale. Dans ce cas, des machines enlèvent ce qu’il faut d’épaisseur sur le terrain pour que les ouvriers déplacent ensuite les cailloux qui leur permettront d’extraire chacun jusqu’à 800 kg de cobalt par jour dans des conditions acceptables. Dans les mines illégales, en revanche, des personnes dans un état de pauvreté extrême vont essayer avec des outils rudimentaires de descendre à 20 ou 30 mètres en sous-sol jusqu’au minerai, pour au mieux en sortir entre 50 et 100 kg dans des conditions 10 fois plus dangereuses », détaille-t-il.

« Cette pratique pouvait être payante au début avec un prix élevé du cobalt. Ce qui est de moins en moins le cas. Au final, l’exploitation illégale dans laquelle on trouve des enfants travaillant dans des conditions catastrophiques devrait s’arrêter d’elle-même », évalue-t-il.

Alerter les décideurs…

« Avec ‘A contresens’, nous avons déjà souhaité toucher les décideurs. Les bons choix en mobilité durable ne peuvent pas être faits avec de mauvaises informations entre les mains. Notre film touche donc à l’information, mais aussi à la démocratie et aux réseaux sociaux », assure Marc Muller. « Il y a quelque chose de révoltant à s’être fait rouler dans la farine en matière de véhicules électriques, et, plus globalement, de transition énergétique. C’est hallucinant l’ampleur de la désinformation ! », dénonce-t-il.

« Le film a déjà été vu en avant-première en Suisse. Je suis vraiment très satisfait de savoir qu’il a été regardé par 100% des acteurs parmi les décideurs du territoire en développement durable », confie-t-il.

Bon à savoir : A la suite de son périple avec l’Icarette, Marc Muller a rejoint le gouvernement fédéral suisse dans son projet de sortie de l’énergie nucléaire, devenant rapidement responsable du domaine solaire au sein de l’office de l’énergie. Pendant 4 ans, il a travaillé dans ce cadre sur les systèmes de subventions, les mesures de communication et les changements législatifs du parlement. Ces acteurs et décideurs qu’il évoque, il les connaît.

…et informer le public

« Depuis la diffusion en Suisse, le film est disponible en VOD payant. Nous animons aussi dans les salles de cinéma des débats sur le sujet. Tous les soirs, nous faisons le plein dans les limites imposées du fait du Covid-19. C’est aussi comme ça qu’on fait avancer les choses sur le terrain », indique Marc Muller.

« Le 4 novembre prochain, ce sera au tour des Belges et Français de pouvoir vivre cet événement. Des modérateurs seront chargés de trier et de nous faire remonter les questions pour le débat qui suivra la diffusion du film. Pour bien gérer la soirée, et du fait de limites du logiciel, seulement 7.000 personnes pourront suivre le programme. Et nous y sommes déjà presque, alors que nous avons ouvert les inscriptions depuis peu », se réjouit-il.

« Des invités mystère seront présents, connus pour leur investissement dans l’écologie en France », promet-il.

« Nous avons de bonnes raisons de penser que ‘A contresens’ sera par la suite diffusé à la télévision, peut-être en fin d’année, ou dans le courant 2021. Nous avons des contacts à ce sujet avec la BBC et une chaîne finlandaise », nous livre-t-il.

9 euros

« Nos animations sont payantes, afin de rentrer dans nos frais. Nous avons mis sur la table 600.000 francs suisses [NDLR : 557.000 euros] pour réaliser cette enquête. C’est une équipe de 5 personnes qui s’est mobilisée autour du réalisateur Jérôme Piguet. La journaliste Zelda Chauvet a travaillé sur le projet à plein temps pendant un an et demi. Nous sommes allés sur le terrain à la rencontre de personnes clés qui n’avaient jamais été sollicitées auparavant », justifie Marc Muller.

« Nous demandons juste 9 euros pour participer à cette soirée qui permet de découvrir en avant-première le documentaire et de participer au débat qui suivra », plaide-t-il.

Pour s’inscrire : acontresens-lefilm.fr
https://acontresens-lefilm.fr/

Un très grand merci à Marc Muller de la part de l’équipe d’Automobile Propre et de moi-même pour la réactivité et le temps accordé afin de réaliser la présente interview. En ce qui me concerne : je me suis ajouté sur la liste et attends avec impatience désormais le 4 novembre 2020, 20 heures !

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